Crépuscule
Le temps s’égrène, heures par heures, minutes par minutes, secondes par secondes.
L’horloge ne cesse de tourner, inconsciente de ce qui se trame autour d’elle.
Dans le lointain, un miaulement, quelques raclements, le bois qui craque, et c’est tout.
Dans la pièce, seul le tic-tac de la pendule résonne. Les murs sont nus, blancs ou gris… Je ne sais plus très bien.
Dans cette pièce, il y a une fenêtre. Une belle et grande fenêtre à guillotine, comme on en fait plus. Sur le rebord, la poussière s’amoncelle, entre une plante aux feuilles vertes et grasses, et un cadre à photos où je ne suis plus bien certaine de reconnaître les visages.
Je n’arrive pas à voir au dehors. Je suis trop petite. Je vais chercher une chaise et l’escalade, colle mon nez contre la vitre glacée, laissant un petit nuage de buée, mes mains agrippant le bois de la croisée. Dehors.
Dehors il pleut. Des grosses gouttes, comme si le monde pleurait à chaudes larmes. De grosses gouttes salées qui s’écrasent sur les toits, roulent sur les arbres et fondent sur le sol. Une eau épaisse et froide, une eau qui colle et qui englue, une eau lourde qui englobe tout.
Je me décolle de la vitre, non sans avoir dessiné une forme vague sur la buée d’un doigt maladroit.
Je manque de tomber de la chaise. Elle est bien lourde à transporter, aussi je la laisse là.
Il fait froid et sombre dans la pièce. On croirait être la nuit. Sans les étoiles ni les rêves.
J’attends.
Le balancier fend l’air dans un bruissement imperceptible, mais immuable. Un rayon de soleil doré vient percer la chape de plomb qui recouvrait le ciel. L’éclaircie fait naître des paillettes dans la poussière grise, qui danse et vole paresseusement dans la lumière.
A nouveau je grimpe sur mon trône. La lueur est basse, a moitié rognée par les toits des maisons. Les silhouettes ainsi mordorées prennent une autre dimension, et j’emplie mes yeux avides de ces contours ambrées. Si j’étends la main, les rayons passeront au travers, et je deviendrai à mon tour ombre chinoise dans ce grand spectacle de marionnettes tirées par les fils d’or d’une main invisible.
Et puis, doucement, peu à peu, le jour s’éteint. Le disque blond et incandescent disparaît derrière les maisons, et ne réapparaît plus. J’ai beau souhaiter, de tout mon cœur, de toutes mes forces, la lumière flavescente ne reviendra pas. Et demain ce sera un autre jour qui se lèvera.
La nuit tombe. Entre chien et loup, le cœur battant, j’attends. Je fixe la pauvre bougie, luciole pâle, vacillante, et bientôt brûlée qui éclaire la pièce.
Cette chambre semble si étroite, si exiguë, avec ses murs nus, et son espace désespérément vide.
J’attends.
Pourquoi ne vient-elle pas ?
J’ai finit par m’installer dans un coin, un coin minuscule, où je sais que les ombres mouvantes de la flamme ne m’attaqueront pas. Sur le parquet glacé, je me roule en boule, fixant désespérément ma plume et ma feuille tâchée d’encre et d’eau, raturée par tant de mots mis les un à la suite des autres, n’ayant d’autre beauté ou sens que d’être ensemble au milieu d’un espace blanc.
La nuit tombe. Un courant d’air traverse la pièce. Tout devient gris, sans aucune nuance, sans aucune couleur. Et tous les sons, tous les bruits et tous les chants prennent une telle ampleur que cela m’effraie.
Un volet claque, une branche grince. Des pas, lointains. Des voix, des murmures, un rire discret. Et tout à coup, c’est toute la maison qui bruisse, de milliers de souffles, un chuchotement incessant, entrecoupé par un claquement sec, un instant de silence, puis le borborygme reprend, douce rumeur qui se perd dans le silence.
Je finis par reposer ma main sur le papier ; la cire a coulé, jetant des vaguelettes blanche et figées sur les pages brouillonnes. J’ai repris le cours de mon écriture. Elle est encore loin, mais j’entends, parmi tous ces frissonnements, j’entends clairement sa voix. Alors, frénétiquement, j’écris, j’écris tout ce qui vient, tout ce qui est passé, et tout ce qui apparaît. Des méandres d’encre noire naissent un oiseau gracile. Des couronnes d’eau fanées le son des ruisseaux. Et alors qu’enfin s’éteint la fièvre, la bougie s’est assoupie.
Je relève la tête, frotte mes yeux engourdis, laissant une perle d’encre sur ma joue. Je ne dis pas que j’ai réussi à l’approcher. Elle est encore loin. Elle n’est toujours pas venue. Elle m’a tout simplement frôlée. Mais ce n’est pas si mal.
Je lève les yeux vers la fenêtre. La plante a donné un bourgeon. L’aurore approche. Le silence s’est fait. Tout à l’heure, derrière les maisons, il y aura cette bande blanche, rose, doré, aquarelle étrange que je ne sais reproduire. Je saute à nouveau sur ma chaise, et appuie mon front contre la vitre. Je frissonne.
L’aube approche, et entraînera avec elle, bientôt, un autre crépuscule.
P.S.: l'image, je l'ai trouvée après avoir écrit le texte. Je ne pensais pas qu'il existe une photo qui colle autant =D
P.S.2: ce n'est pas terrible, mais ça me fait plaisir. Et puis ça faisait longtemps. Alors je me remets dans le bain ! (et surtout, sachant ce que je vais prendre mercredi XD)










